Comment entretenir un jardin historique ?
26/10/2010
L'exemple des jardins Albert Kahn

(CG92/J. de Givry)
Les Jardins Albert Kahn sont un lieu historique, marqués par l’empreinte de leur créateur. Comment entretient-on un espace si particulier ? Interview de Michel Farris, responsable des jardins de collection des Hauts-de-Seine.
A chaque continent son espace
« Pour comprendre la philosophie qui a présidé à la création des Jardins Albert Kahn, il faut connaître l’histoire de ce personnage », explique Michel Farris. « Albert Kahn était un grand humaniste : il a dédié son œuvre aux relations internationales, car il avait la ferme conviction que le rapprochement des peuples et des nations peut être facilité par la rencontre des individus». D’où la composition d’un incroyable jardin, qui évoque les cinq continents de la planète. « L’Europe, avec les jardins anglais et français ; l’Afrique et l’Amérique, qui se mélangent au sein de la Forêt bleue, composée de cèdres bleus de l’Atlas et de sapins du Colorado ; l’Asie, avec le Jardin japonais ; enfin, l’Océanie, avec la grande serre tropicale », détaille le spécialiste des jardins. Albert Kahn proposait des visites guidées dans son jardin, qu’il concevait comme des occasions, pour les promeneurs, de découvrir que les peuples pouvaient se lier aussi bien que les paysages qu’il avait créés.

Quelle politique pour l'entretien des jardins ?
Les Jardins ont été créés entre les années 1898 et 1925. En 1964, avec la création des Départements, l’entretien des jardins est repris par le Conseil général des Hauts-de-Seine. « A ce moment-là, nous sommes passés de jardiniers privés à des agents de la fonction publique. Il y avait donc une compréhension moindre des enjeux de ce lieu jusqu’en 1988, où le conseil général a décidé de tout rénover à l’identique, en s’appuyant sur des autochromes de la collection d’Albert Kahn », analyse Michel Farris. « Les jardiniers ont alors été formés pour s’imprégner de l’histoire du lieu. Un jardin historique est un espace particulier, qui ne s’entretient pas comme un parc ni même comme un jardin standard. Il nécessite un travail beaucoup plus pointu. Pour ces jardins, nous avons mis en œuvre une gestion différenciée. »

Taille "en vert" japonaise sur un hêtre (CG92 / J. de Givry)
Une gestion différenciée
Chaque type d’espace bénéficie ainsi d’un entretien spécifique. « Le jardin à la française doit être toujours impeccable : les tontes bien faites, les bordures découpées au cordeau et les arbres fruitiers taillés selon une technique spéciale. Le jardin anglais évoque au contraire une nature plus libre : nous y laissons les herbacées s’y développer. Les forêts aussi doivent conserver un air naturel : nous ne ramassons donc pas, par exemple, les feuilles qui tombent. Dans la forêt bleue, nous entretenons les vivaces qui se mettent à pousser. Enfin, dans le jardin japonais, dont la gestion est considérée comme un art, nous travaillons de façon très poussée les structures du végétal, en dessinant des vides et des pleins. »
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